Accompagnement Le patronat veut des financements adaptés aux PME

 Le patronat veut des financements adaptés aux PME

La deuxième édition du Forum GICAM – Partenaires au développement s’est tenue le mardi, 27 novembre 2018 à l’Hôtel Hilton à Yaoundé, sous la coordination de la commission « Affaires internationales et Relations avec la diaspora » (C-AIRD) du GICAM. Le thème  était : «  Quels financements et appuis pour le secteur privé ? ».

Cette édition a comme la première, connu la participation des partenaires techniques et financiers majeurs présents au Cameroun, à savoir : la délégation de l’Union Européenne, l’Agence Française de Développement, la Société Financière Internationale, la GIZ, CAON-FED, l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel, PROPARCO, la Banque Africaine de Développement, le Bureau International du Travail, le Fonds Monétaire International ou encore le Programme des Nations Unies pour le Développement. Cette édition a également enregistré la participation de la représentante-pays de la commission de la CEMAC et d’un représentant du ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire. Ce niveau de représentativité élevé conforte la pertinence de ce Forum comme nouvelle plateforme de concertation visant l’amélioration du climat des affaires au Cameroun.

A l’issue de la première édition de ce Forum qui avait mis en évidence l’importance du secteur privé dans le cadre de la coopération entre le Cameroun et les pays amis aux  côtés du MINEPAT et des partenaires au développement, engagement avait été pris par les parties de se rencontrer une fois par an. Cette rencontre visait donc à évaluer le chemin parcouru depuis l’année dernière. 

Le mot du président du GICAM

Célestin Tawamba a rappelé les trois piliers qui sous-tendent l’action du GICAM, à savoir : (i) un GICAM de services; (ii) un GICAM d’influence et (iii) un GICAM d’intelligence économique, avant de préciser que l’action à l’endroit des partenaires au développement s’inscrivait dans le deuxième volet, à travers lequel le GICAM entend formuler des propositions aux partenaires au développement et au Gouvernement pour la bonne marche du secteur privé, désormais reconnu de tous comme le véritable moteur du développement tant attendu.

L’allocution introductive du président du GICAM a également permis de relever une position antagoniste entre le secteur privé et les partenaires techniques et financiers. En effet, ces derniers disposent de financements destinés aux entreprises tandis que le secteur privé a du mal à trouver les ressources nécessaires aux investissements. La faute serait, selon les partenaires, au nombre restreint de projets bancables.

Célestin Tawamba a également posé le constat d’une difficulté à faire correspondre l’offre actuelle de financement proposée par les partenaires aux besoins effectifs des acteurs à qui elle est destinée.

Ce propos introductif s’est conclu sur une note de satisfaction relative à l’assistance technique dont le GICAM bénéficie auprès de l’AFD et du BIT, notamment en ce qui concerne la promotion de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables à travers le projet SUNREF -pour ce qui est de l’AFD- et le soutien à l’entrepreneuriat féminin et à l’amélioration du climat des affaires -pour ce qui est du BIT-.

L’exposé du président de la C-AIRD 

L’intervention du président de la C-AIRD  a, dans une approche progressive : reprécisé la place du secteur privé dans l’économie camerounaise ; insisté sur les attentes du secteur privé vis-à-vis des partenaires ; présenté le mapping des différentes offres des partenaires et relevé quelques enseignements.

Place du secteur privé dans l’économie camerounaise

Après avoir montré comment les difficultés économiques entre la fin de la décennie 80 et le début des années 90 ont poussé l’Etat du Cameroun à abandonner son statut d’Etat productif pour céder davantage la place à un secteur privé qui était jusqu’alors végétatif, cette intervention est revenue sur l’ambition fixée par la vision de développement à moyen terme du Cameroun : devenir un pays industrialisé avec une part de la valeur ajoutée provenant du l’industrie manufacturière qui se chiffre à 25% de la richesse totale créée. 

Une photographie tirée de la dernière opération de recensement général des entreprises réalisée par l’Institut National de la Statistique a permis d’établir que, sur les 203 000 entreprises que comptait le tissu économique camerounais en 2016, plus de 79% était de Très Petites Entreprises, 19,4% des Petites Entreprises, 1,3% des Moyennes Entreprises et seulement 0,2% étaient de Grandes Entreprises.

Par ailleurs, une très faible proportion (14,2%) de ces entreprises tient une comptabilité aux normes et la quasi-totalité (97%) est constituée d’entreprises individuelles.

Les attentes du secteur privé local

Elles ont été rangées en deux catégories : les attentes internes et les attentes externes.

Sur le plan interne, on note le besoin de financement long pour les projets d’investissement, le besoin de financement à bon prix, les besoins d’assistance technique et de renforcement de capacités managériales travers les programmes de divers partenaires.

Sur le plan externe, on relève le besoin d’un environnement propice aux affaires ainsi que les besoins en infrastructures de réseau (routes, énergies, TIC …).

Le mapping des offres de financement des partenaires

Ce mapping a permis d’établir que les bailleurs de fonds font certes du financement direct au secteur privé, mais la taille minimale des projets pour lesquelles ils sont prêts à s’engager est hors de portée des entreprises locales. En effet, alors que 98,5% d’entreprises sont logées dans les catégories des Très Petites Entreprises ou Petites Entreprises -c’est-à-dire réalisant moins de 250 millions de francs CFA de chiffre d’affaires annuel-, les bailleurs ne financent, pour la plupart, que des projets dont les besoins de financement sont d’au moins 3 milliards de francs CFA. Ceci exclue quasiment l’ensemble des Très Petites Entreprises et Petites Entreprises. Il ne reste que la petite fraction des Grandes Entreprises et, dans une moindre mesure, les Moyennes Entreprises, qui est susceptible de profiter de tels financements.

Les enseignements

En résumé, l’intervention a conclu qu’au Cameroun, on a affaire à un secteur privé :

constitué à 79.1% de TPE (moins de 15 millions de francs CFA de chiffre d’affaires), donc incapable d’absorber les financements mis à disposition par les bailleurs qui ont des seuils largement au dessus des capacités des entreprises ;

qui recherche des financements longs alors que les instruments existants ne peuvent lui offrir que des financements courts ;

qui recherche la protection alors qu’il est livré précocement et sans armes à la concurrence internationale ;

qui évolue dans un environnement particulièrement hostile ;

à la recherche d’appuis techniques dont il est quasi exclu par des critères ne tenant pas compte des caractéristiques du tissu économique.

Ces constats ont conduit à la suggestion de quelques axes de travail à explorer en collaboration avec les partenaires au développement:

le développement des filières agro-industrielles (identification des filières porteuses et soutien à l’amélioration des chaînes de valeur)

le développement du secteur de l’énergie (en mettant à profit le cadre juridique de 2011 qui libéralise la production de l’énergie) ;

le renforcement de la compétitivité des entreprises à travers une mise à niveau plus inclusive ;

l’accompagnement à l’intensification des échanges commerciaux intra-CEEAC par l’adoption d’une démarche ou d’une stratégie du secteur privé pour une coopération économique plus poussée entre entreprises de la sous-région ;

le renforcement de l’entrepreneuriat féminin.

Les interventions des partenaires au développement

Les différents partenaires présents ont tour à tour pris la parole et constaté l’incompatibilité entre leurs offres de financement et les besoins des PME, mais également que les coûts de transaction qu’engendrerait le financement des projets de petite taille ne permettent pas à ce type d’entreprise de s’y aventurer. On retiendra tout de même de ces interventions que l’assistance des partenaires vis-à-vis du secteur privé se complète par d’autres initiatives qui prennent en compte les réalités économiques locales.

Les partenaires purement techniques tels que le BIT, le PNUD, l’ONUDI, l’AFD, la GIZ, etc. apportent une assistance technique au secteur privé sans considération de taille de l’entreprise. Ils s’intéressent davantage à relever les capacités des acteurs les plus vulnérables face à la brutalité des conditions économiques du pays. L’on notera sans être exhaustif : la promotion de l’entrepreneuriat féminin, la promotion du made in Cameroon, l’amélioration du climat des affaires, le développement des énergies renouvelables, le développement des formations qualifiantes spécifiques, l’inclusion financière, le développement des chaînes de valeur, etc.

Concernant les partenaires financiers, l’on retiendra que, pour prendre en compte la spécificité du tissu économique qui est constitué en grande majorité d’entreprises à capacité d’absorption de crédit réduite, ils mettent à disposition des banques commerciales locales, des mécanismes qui sont censés permettre le financement de petits projets. Ces mécanismes comportent les lignes de crédit dédiés à des secteurs spécifiques, les instruments de couverture de risque tels que les fonds de garantie, etc.

Les échanges ont permis d’établir les constats suivants :

un manque de transparence dans l’utilisation des mécanismes mis à disposition ;

un détournement des mécanismes de leur but premier ;

une absence de communication autour desdits mécanismes.

Recommandations 

Les recommandations suivantes ont été émises :

l’amélioration du climat des affaires reste un préalable au problème de financement des PME au Cameroun ;

le GICAM doit se rapprocher des partenaires au développement pour approfondir sa connaissance des interventions bénéfiques au secteur privé ;

le GICAM doit être le relais des instruments d’accompagnement et de financement auprès des entreprises camerounaises ;

les partenaires doivent exiger des banques plus de transparence et de communication sur les instruments de financement, notamment les lignes de crédit et les garanties ;

le GICAM sollicite des partenaires le financement de deux études dont une sur la structuration des filières et l’autre sur la connaissance des besoins de financement des PME, dans le but de mettre sur pied une initiative à l’instar du projet « La finance s’engage »  porté par le secteur privé ivoirien ;

les partenaires doivent davantage associer le secteur privé dans la définition et l’amélioration de leurs interventions ;

le secteur privé et les partenaires doivent travailler à la promotion du made in Cameroon.

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