Grand Dialogue NationalLe GICAM porte la voix du secteur privé chez le PM

Le GICAM porte la voix du secteur privé chez le PM

En prélude aux échanges qui s’ouvrent lundi prochain, le Premier Ministre a reçu une délégation des patronats conduites par le président Célestin Tawamba.

Au sortir des échanges à l’immeuble Etoile qui ont duré environ une heure samedi dernier, Célestin Tawamba, qui conduisait la délégation des patronats et autres syndicats d’employeurs, entouré d’autres responsables comme le Président de Ecam, Protais Ayangma ou le président de l’Apeccam, Alphonse Nafack, s’est voulu sobre mais précis : « En dehors de rappeler à Monsieur le Premier Ministre les dégâts causés par cette crise, nous lui avons humblement dit que pour avoir des chances de réussite de ce dialogue, il faut que nous soyons habités d’humilité, qu’on taise nos egos dans l’intérêt de la recherche de la paix. En acceptant les différences. »

Le contenu du document remis par le GICAM au Premier Ministre n’a donc pas été dévoilé à la presse. Mais entre les lignes de sa déclaration à la presse, on note bien que le président du GICAM est resté sur la ligne du relai de l’espoir que les chefs d’entreprises placent en ce dialogue et leur appel à tous les participants pour un sursaut patriotique pour en faire, une marche décisive sur le chemin du retour à la paix, susceptible de permettre aux entreprises de renouveler leur disponibilité et leur engagement à jouer, plus que jamais leur rôle, en tant que creuset social, moteur de la croissance et de la création d’emplois et garante de la cohésion sociale aussi bien dans ces régions que sur le reste du territoire national.

Car parmi les grands perdants de cette crise qui dure depuis trois ans, les entreprises pâtissent grandement du climat d’insécurité et sont ciblées de manière parfois délibérée par certaines actions ou manifestations de la crise, puisque certains acteurs de la crise se sont fixés pour but de détruire l’économie des régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest. Parmi les actions les plus néfastes, l’on relève encore : les opérations « villes mortes », les intimidations, rackets, enlèvements et assassinats des employés et responsables d’entreprises ; les attaques et destructions ciblées des structures économiques ; les déplacements des populations ; l’arrêt des chantiers investissements publics...

L’impact pour les entreprises, déjà rendu public l’an dernier par le GICAM après une étude d’impact auprès de ses adhérents, et dont la version actualisée sera rendue publique dans les prochains jours, est lourd et se répercute au-delà des deux Régions concernées : les opérations "Ghost town" et "Lock down" qui se sont intensifiées se traduisent par des arrêts quasi-généralisés qui représentent l’équivalent de 30,6% des jours ouvrables depuis deux ans et demi ; environ 35% du territoire de ces Régions n’est plus accessible pour les entreprises, y compris celles de distribution ; des épisodes d’inflation et de pénuries de certains produits sont régulièrement enregistrés ; la fermeture des services sociaux (santé et éducation) et des administratifs privent les entreprises des supports indispensables pour maintenir des employés dans certaines zones.

 

La lourde ardoise pour les entreprises

 

Dans l’étude d’impact rappelée plus haut, on relevait de manière spécifique, que certaines filières étaient lourdement impactées : l’activité de transport se retrouve particulièrement sinistrée suite aux incendies de plusieurs véhicules et à l’insécurité sur les routes ; l’exploitation forestière est à l’abandon, laissant sur le carreau plus de 200 emplois et causant un manque à gagner de plus de 5,5 milliards FCFA par an depuis 2017 ; les entreprises agro industrielles à capitaux publics (CDC et PAMOL) ont été particulièrement et sont quasiment à l’agonie. La filière banane de la CDC, qui représentait 40% des exportations de banane de notre pays, est à l’arrêt depuis septembre 2018, mettant à mal l’équilibre logistique de l’ensemble de la filière ; la production cacaoyère commercialisée au Sud-Ouest est en baisse de 22% ; représentant une perte en rentrée de devises de l’ordre de 55 milliards F CFA et un manque à gagner de l’ordre de 35 milliards de FCFA de revenus pour les planteurs ; en raison des destructions des équipements des opérateurs de télécommunications, le service internet ne peut plus être assuré sur plus de 40% de ces Régions.

Bien plus, au-delà du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, 86% des chefs d’entreprises indiquaient que la crise dans ces régions a des répercussions négatives sur leurs activités. Pour survivre et préserver un minimum de présence et d’activités dans le Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les acteurs économiques ont dû opérer des ajustements difficiles ; conscients de ce qu’un abandon complet aggraverait davantage une situation humanitaire et sociale déjà critique.

Le GICAM a apprécié la portée des incitations instaurées par les décrets du Premier ministre à travers le statut de zones économiquement sinistrées, que le Groupement s’est déjà engagé à vulgariser auprès de ses adhérents pour un retour des investissements dans les deux Régions. Mais le GICAM estime que cette démarche mérite aujourd’hui d’être accompagnée dans une approche holistique.

Cela pourrait se faire d’une part à travers le soutien aux unités opérationnelles dans ces Régions : facilités de financement pour réparer les préjudices subis et remettre en fonctionnement les équipements ; accès prioritaire lors des opérations de remboursement de crédits de TVA et de dettes intérieures ; périodes moratoires spécifiques pour certaines obligations fiscales ; meilleure considération de la part des autorités locales.

D’autre part, par le relèvement économique post crise des deux Régions. Car, pour compléter la démarche impulsée par la reconnaissance du statut de zone économique sinistrée, une stratégie globale pour le relèvement économique des Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest pourrait inclure, entre autres : l’apurement du passif fiscal créé par la crise ; la remise à niveau des infrastructures et équipements détruits, y compris par des subventions aux entités privées touchées ; le subventionnement des mastodontes agro industrielles installées dans ces zones et particulièrement sinistrées (CDC, PAMOL, …) ; l’octroi des appuis spécifiques aux producteurs agricoles pour reconstituer le matériel végétal et relancer les productions vivrières…

 

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